journal d'une transition
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On n’est plus ici, et on n’est pas encore là ; nos cerveaux ne fonctionnent plus au service des vieux maîtres, mais on n’a pas encore appris à soumettre et offrir l’action, le choix, le mouvement à une Vision Présente qui consciemment contient tout et habite tout… … L, qui est bien guéri, demande à venir ici avec moi après le travail : cette tendresse sans histoires, que j’apprécie profondément… *6-6-1992, Auroville : Un autre vol a eu lieu dans l’aire des Jardins la nuit dernière… Comment faire progresser la qualité d’une manifestation matérielle dans ces conditions… ? … Ramalingam et moi sommes allés au village d’Edayachavadi. Nous n’avons eu jusqu’à présent que des ennuis avec ce village ; récemment, nous avons eu la permission de déterrer d’énormes rochers sur un arpent des terres du temple, pour les Jardins de Matrimandir ; maintenant les « chefs » nous demandent de les aider à bâtir un échafaudage autour du temple rénové, pour leur festival qui s’approche ; c’est donc sur la base d’une sorte de collaboration tacite que nous ferons ce travail… *7-6-1992, Auroville : Souvent je demande si il y aurait de nouveau quelque chose à passer, à communiquer, à écrire, un nouveau « témoignage », ou une histoire qui serait comme un canal… Mais c’est le silence ! Rien ne vient. Rien ne semble même se préparer. C’est comme si, vraiment, du point de vue individuel, j’avais cessé de progresser. Et c’est ainsi, je crois. Le choix s’est formé de me rendre disponible, comme un outil, en acceptant la condition générale la plus élémentaire et en laissant toute aspiration « personnelle » de côté… *8-6-1992, Auroville : Cette journée a cristallisé les doutes et les questions, et le sens d’insuffisance, de ces derniers temps… Ramalingam, qui tend à prendre les circonstances comme un défi personnel à dépasser ses propres limites, avait eu beaucoup de mal à organiser la location d’un équipement de levage et de transport de ces rochers que l’une de nos équipes a passé des semaines à dégager du sol, au village d’Edayachavadi… Les gens qui sont venus, avec leur camion, remorque et grue, sont des gens ordinaires, tout à fait extérieurs à Auroville, et l’atmosphère d’Edayachavadi est plutôt mauvaise… Il y a eu 2 accidents ! Et ainsi je passe plusieurs heures à Jipmer, dans un état d’impatience proche de la suffocation, à essayer d’obtenir que Ranganathan soit recousu (il s’est ouvert le menton en tombant de l’arrière de la grue) : le personnel de l’hôpital, aux urgences, s’obstine à vouloir rassembler, sinon même à suggérer, les informations qui pourraient constituer un dossier légal contre nous, les « employeurs », et c’est dégoûtant… Rajesh, qui est Interne à Jipmer, vient à ma rescousse… Nous sommes encore là quand Mannathan m’amène Devaraj, blessé à la tête (c’est Ramalingam, cette fois, qui a laissé glisser sa barre à mine) ; alors je l’envoie directement à une clinique privée, fâché déjà de ma propre sottise d’être venu à Jipmer pour Ranganathan – que je dois accepter de laisser en observation pour 24 heures…
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