journal d'une transition

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Ce n’est pas la conscience qui domine dans les êtres ; c’est ce même mélange insensé, sans issue et sans centre ni orientation, avec l’aggravation d’une prétention spirituelle et de la revendication d’un « droit »… Les remous et les conflits autour de la question de l’accès à la Chambre et de son utilisation sont probablement comiques, mais aussi bien redoutables. Je ne comprends pas ce règne de l’imbécillité, de la consommation, cette âpre convoitise, cette inepte démocratie spirituelle… Pour couronner cette série de journées, Champaklal avait décidé de venir ce soir ; j’ai essayé de faire savoir que ce n’était pas un bon moment, mais son entourage, et l’entourage de son entourage, comme une masse de sangsues qui s’accrochent, font de lui quelque chose de si faux et de si contraire : ces photographies et ces rituels, cette complicité et cette pression suffocante, et ces gens maladroits, physiquement inconscients, qui ne sont même pas capables de le porter simplement, qui n’ont plus de honte, toute cette troupe est arrivée, un cortège de voitures, un agglutinement – ce n’était ni paisible ni ouvert, c’était… rien ! Une comédie. Je suis très fâché. Cela m’est égal si des gens cultivent l’antagonisme ; je suis déterminé à affirmer une certaine orientation. Il y a trop de bêtise ici. Pour une fois je ne crains pas de faire le jeu de l’ego : il s’agit d’autre chose ; ce n’est pas ma « petite personne », c’est un chemin… Je veux servir ce Matrimandir honnêtement, et durablement… sans simagrées. Il y a tant de beauté, et tant de puissance, là : Cela dont nous avons tant besoin… Mais qui est ce « nous » ? Où est-il ? Une espèce d’embryon indéfini, sujet à toutes les influences… ! … Les nouvelles de Gorbatchev sont contradictoires : a-t-il été ramené par le KGB, de Crimée à Moscou ? Ceux qui ont pris le pouvoir apparaissent assez incohérents, et il semble que Yeltsin tienne toujours tête… En Inde, plusieurs des responsables de l’assassinat de Rajiv, dont Subhu et Shivarasan, encerclés par la police à Bangalore, se suicident… *21-8-1991, Auroville : Mes journées se passent à ouvrir et fermer des serrures, à commander ceci et cela, expliquer, calmer des conflits imbéciles, traiter avec tel ou tel problème de visiteurs, et je n’ai d’autre recours ou référence qu’une certaine orientation et la perception, si insuffisante soit-elle, d’une qualité de vibration ou d’approche – pas des choses dont on puisse « discuter »… Il m’est arrivé par exemple d’accompagner à la Chambre un homme âgé, qui a eu récemment une crise cardiaque, mais avait demandé à pouvoir s’y rendre avant de repartir au Madhya Pradesh, d’où il ne reviendrait probablement jamais : un homme adorable, un enfant de Toi, tout nettoyé, et l’émotion dans la Chambre était un présent à Tes pieds ; je l’ai tenu par la main tout le temps ; il a dit après qu’il n’avait ressenti aucun malaise, aucune fatigue, aucune tension… Ce sont de ces choses qui arrivent ici quelquefois qui me redonnent toujours le sens d’appartenir directement à ce pays, dans sa profondeur essentielle, comme à une famille… Et pourtant, cet après-midi, j’ai dû refuser l’accès – c’est-à-dire affirmer la règle de ces deux après midis par semaine que nous avons déterminée – à un autre homme, un « devotee » de Bombay qui a donné de l’argent dans le passé, mais s’arrogeait le « droit » de s’asseoir dans la Chambre et d’y méditer aussi souvent et autant qu’il le souhaitait, son argument étant qu’en Toi il n’y a pas de règles et que Tu es opposée à toutes les lois…

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