journal d'une transition
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vision qu’elle a eue juste avant la pose de la première pierre pour Matrimandir, il y a maintenant 20 ans : elle a vu descendre Matrimandir, une substance légère comme une écume, une substance sans poids, et tout était là ; mais, tout autour, il y avait comme des serpents… Je l’ai perçu comme un ensemble : les énergies qui viendraient en même temps, d’abord pour contredire et tenter d’imposer leur natures, jusqu’à ce qu’elles apprennent à collaborer… ? … Je sens tout le temps la nécessité de traverser le couvercle, d’être établi ou concentré là ; mais il y a simultanément cette autre nécessité de rester en contact avec les autres, de continuer une sorte de solidarité d’équipe… C’est le temps linéaire qui règne, avec ses plis et ses routines, ses ajustements séparés, fastidieux : ce n’est pas l’Action, ce n’est pas le Courant… *21-6-1991, Auroville : Narasimhan Rao est élu Premier Ministre ; il lui faudra transiger avec le BJP pour constituer le nouveau Gouvernement, puisque le Congress I n’a pas obtenu la majorité absolue. Il semble que ce soit un homme de qualité, mais physiquement affaibli… *24-6-1991, Auroville : Les choses se font dans une grande confusion. Il me semble qu’une hiérarchie serait préférable : il y a tant de gaspillage, et de fausses hâtes comme de fausses tranquillités. Et l’état d’incertitude et de mélange à propos de la coque et de son revêtement me soucie beaucoup… *28-6-1991, Auroville : Voilà une expérience physique inattendue : Selvam, Anand et moi avons été attaqués par un essaim de « rock bees » : ce sont des abeilles volumineuses dont le dard est beaucoup plus venimeux que celui d’abeilles ordinaires ; d’habitude elles construisent leur ruche suspendue au flanc d’une falaise rocheuse, ou en haut d’un grand arbre ; nous avons dû plusieurs fois les capturer au cours des dernières années, depuis qu’elles ont découvert la sphère de Matrimandir et aussi quelques des plus grands arbres dans Auroville ; jusqu’à présent nous avons cherché à les emmener loin d’ici, sans les tuer. Nous étions sur l’échafaudage le plus haut, que nous bâtissons pour hisser et poser les éléments de la coque extérieure. Elles sont venues droit sur nous. L’une a d’abord piqué Selvam, et lui et les autres ont commencé de redescendre l’échafaudage ; j’ai été lent à réagir et voulais m’assurer que Selvam et Anand et les autres s’en tiraient bien. Quand j’ai commencé de descendre à mon tout, c’était trop tard ; tout le monde s’était réfugié dans des abris et toutes les abeilles s’en sont prises à moi. Arrivé en bas j’ai essayé de courir ; Anand m’a appelé de sous un arbuste à proximité de la sphère, mais j’étais déjà truffé de dards, et au bord de l’évanouissement ; je ne pouvais plus respirer et le cœur était tout à fait chaotique, quand Selvam est venu me prendre sur sa moto et me ramener à la maison. Il a mis longtemps à retirer tous les dards. Je me suis allongé et j’ai bu plusieurs litres d’eau en me concentrant pour essayer de faire passer la Force. Il a fallu plusieurs heures d’immobilité complète, dans une sorte de fièvre sèche et de brûlure générale ; puis le poison s’est rassemblé dans les mains et les pieds. Selvam, qui n’avait eu que quelques piqûres, a été très choqué par mon état… Le soir venu j’ai pu me lever.
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