journal d'une transition
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*19-3-1991, Auroville : Ramalingam, quelques-uns de nos ouvriers, et moi, commençons de marquer les points de référence pour le grand réservoir et son bassin ouvert, au-dessous de la sphère. L’après-midi, comme chaque mardi, réunion de Coordination ; mais je sens, avant même d’y aller, qu’Arjun a tout démoli et qu’il ne reste rien du document. Je vois que toute réaction de ma part sera interprétée comme l’expression de mon « ego d’auteur », et qu’il n’acceptera pas de regarder la teneur de son action ; je suis prêt pourtant à apprendre quelque chose si ce qu’il a fait à la place est supérieur, plus vrai, ou plus simple… Quand vient le sujet, Arjun, sans explication, lit son propre texte ; il ne reste rien de ce que j’avais préparé, et c’est un langage pontifiant, institutionnel, prude, qui ne donne pas… Je quitte tranquillement la pièce. Je suis conscient que nous sommes à un moment où il est particulièrement important qu’une équipe cohérente soit en fonction, et que l’habitude de la résistance est de s’intensifier et de détruire autant qu’elle peut en utilisant n’importe quel moyen. Mais je ne peux pas prendre toute la responsabilité de ne pas donner prise… Il doit aussi y avoir une vérité suffisante dans les relations, dans l’équilibre… Souvent, ici, il faut trouver un courage que l’on n’est pas conscient d’avoir. Il faut vraiment le trouver. Pas un courage devant un obstacle, ou un ennemi, ou un saut : un courage qui est tout à la fois persévérance et confiance et intégrité, fidélité, droiture, et ouverture – qui n’est pas une addition de toutes ces choses, mais les contient en un instant, en un souffle, ou un appel, physique… Il est presque plus facile d’être inhumain, que d’être humain consciemment et de continuer à marcher, et à se donner à la transition… *21-3-1991, Auroville : Commencé avec « mon » équipe d’ouvriers de placer l’armature de fer pour le Réservoir… P.V est impatient de commencer l’excavation des 12 Pétales… Arjun, sans conviction apparente, me demande si j’ai le temps de le voir pour « quelques minutes »… Pourquoi ? Il ne dit pas, et nous en restons là… Bétonnage, avec Jérôme et Svar, au deuxième niveau… *22-3-1991, Auroville : Ce sont des journées laborieuses ; il y a un mauvais climat de fragmentation, qui fait obstacle : je+je+je+je… on n’est pas portés… Il faut lutter pour rester ensemble – rester ensemble pour les individus, rester ensemble pour le corps… … Il y a peut-être quelque chose, comme un équivalent conscient de l’autre côté de la spirale, de cette insouciance naturelle d’un vital peu développé : une sorte d’acceptation consciente et lucide de tout, ancrée dans une orientation imperturbable, et libre de toute autre dépendance qui n’est pas la dépendance de Toi… Mais il faut pour y atteindre, il me semble, un héroïsme d’une qualité pratiquement inconnue… *20-3-1991, Auroville : C’est la fête de Devadatta ; il veut repartir, pour ses enfants… Aucun signe d’Arjun… Je ne sais pas le procédé…
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