journal d'une transition

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Je ne parviens pas à éprouver le mantra « officiel » ; il y a un mantra qui me vient quelquefois, depuis longtemps, et qui pour moi est chargé de Tout Ce qui doit venir… Mais je ne suis sûr de rien ; j’ignore si c’est d’une telle discipline qu’il s’agit ou bien si, pour moi, la question est de rester ou de partir… Je suis tiré entre deux extrêmes par rapport au mode de vie ou à la mentalité qui domine ici ; soit un extrême vital, c’est-à-dire un retour à une intensité plutôt désespérée à travers des relations sexuellement libres, soit à l’autre bout – « bout » pour le moment – le besoin profond, et le manque aigu, d’une sorte de communauté « gnostique », et d’un mode de vie tout entier offert et activement soumis à un travail de transformation par-delà toutes notions de « bien », de morale et même d’idéal… Par rapport à la vie qui est partagée ici, je me sens de plus en plus aliéné, étranger, incompatible ; je n’ai ni l’énergie ni l’enthousiasme pour me donner à cette sorte de partage… I am out of tune; I need more, one way or another… I have no heart for this state or this condition, a little enlightened, trusting life and enjoying a certain harmony, while making mild efforts at achieving some unity of purpose; I can feel that one only needs, in order to adapt to it, a simple opening in the heart, and a sort of simple joy that accepts the conditions of the moment, makes no fuss and is able to relate; that very joy that is itself a bridge to connect individual solitudes, in a context that is somewhat open and graceful… But I don’t have it and I cannot find it in myself; the more I would try, and the more incompatible I would get… … Il me semble ressentir à présent comme le fait d’une bifurcation pour Auroville : d’un côté un chemin se présente qui peut être relativement harmonieux dans une sorte de tranquille ignorance et bonne volonté, mais qui s’en va tracer une courbe terriblement longue ; et ce serait une Auroville acceptée et protégée par le Gouvernement de l’Inde, comme un lieu privilégié sur la terre de l’Inde où, sous des conditions qui devront être définies assez vite, l’on peut s’établir et s’offrir à travailler à la représentation d’une certaine unité humaine. Et de l’autre « côté », ou presque dans une autre dimension de l’expérience, un autre chemin, inconnu, qui repose entièrement sur Ta Force, c’est-à-dire sur la capacité progressive à s’y donner, à la percevoir et la servir ; où, dans un même contexte, de nombreux niveaux, ou degrés d’évolution pourraient s’imbriquer, depuis le plus extérieur, le plus visible et le plus abordable au monde ordinaire, jusqu’au plus intérieur, au plus discret, mais aussi au plus accéléré, bénéficiant ensemble d’un milieu et d’un environnement protecteur suffisamment éclairé et orienté… Et il me semble que si ce second chemin, pour moi le plus essentiel, est occulté, ou repoussé ailleurs ou plus tard par le premier, alors je ne pourrai plus rester ici, car je me sens incapable de m’ajuster, de m’adapter à cet idéal de vie qui nivellerait et réduirait les possibilités d’évolution et l’action de la Force… Je sens beaucoup que ce « choix » est maintenant dans la balance… Mais certainement c’est là un sentiment très ignorant ; car, « qui » ferait ce choix ? Quel serait l’agent vraiment déterminant ? Quand je songe à partir et que je me projette dans une situation quelconque loin d’ici, il me semble qu’en fait ce serait bien pire ; ou bien je serais incapacité et devrais dépendre d’un seul ordre de circonstances, ou bien, isolé, cloîtré, je piétinerais dans un demi vide effrayant, sans espoir… Mais si Auroville s’engage dans le premier chemin, il s’ajoutera une fausseté de plus : celle de prétendre à un idéal qui, en soi, me laisse indifférent, ou incrédule : j’ai trop touché les racines des misères et des contradictions de l’état humain pour croire encore qu’une simple bonne volonté humaine, même dans des circonstances

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