journal d'une transition
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tentative dont le but déclaré était d’une envergure et d’une portée intérieure au moins terrestres, et cela concernait la relation des individus aux biens matériels. Ni l’étendue de cette terre rendue disponible, ni rien de ce qui s’y développerait, s’y bâtirait, s’y inscrirait, ne pouvait et ne pourrait appartenir à personne en particulier, ni même à aucun groupement. Aussi longtemps que nous séjournerions là, nous en serions les garants et les responsables devant l’homme et devant la Force, et ce serait seulement dans la mesure de notre capacité à prendre soin de la matière et de la terre que nous nous acquitterions de cette tâche et pourrions jouir de leur utilisation. Il y avait là un autre écueil. Il est possible, nous l’avons vu sans tarder, d’intervenir dans le libre apprentissage de cette loi claire et ouverte, et de la transcrire en une loi autoritaire et artificielle ; et, l’appliquant à la lettre lorsqu’on le juge opportun, à des fins guère avouables, de manipuler le mouvement des êtres. Il nous fallut donc, dés que le premier ennemi apparent fut repoussé de la scène, qui nous avait révélé ce danger, rechercher les moyens de nous garder, et tous les participants à venir, de la possibilité d’une telle manipulation. 90. Reconnaissant que nous étions encore incapables d’établir une hiérarchie éclairée, faute de représentants dont la nature serait suffisamment transformée pour être à l’évidence imperméable à toute partialité et tout aveuglement, nous nous sommes trouvés dans la nécessité de susciter la formation d’une variété d’organes, de canaux et de digues, dont la fonction commune serait de tamiser les choix et les décisions – mais dont l’un des effets serait aussi d’en diluer et d’en alourdir l’action. Et à mesure que s’exprimait cette recherche, avec ses hésitations, ses reculs et ses petits pas en avant, et que se développait doucement en nous une certaine qualité d’intuition et de discernement détaillé de la nature de tout mouvement, il semblait aussi que cette grande impulsion créatrice, voyant son courant s’enfoncer dans les sables de nos méandres et s’amenuiser dans le jardin décevant de notre laborieuse aventure, s’en retournait planer tel un grand oiseau déployé, un peu impatient, à la lisière de l’expérience. Nous faisions figure un peu timorée ; et l’on ne savait guère comment regrimper les niveaux. 91. En laissant grossir l’ombre de l’ennemi, de l’adversaire, notre contact conscient et confiant avec l’Action véritable s’était voilé. Nous appréhendions partout le monstre à mille visages de sa résurgence imperturbable ; sa possible ubiquité drainait nos énergies et corrompait notre accord. Le mythe de notre unité s’effritait de toutes part. Si on le veut bien, avec un peu d’humilité et de plasticité, tout est une occasion de progrès ; les erreurs aussi. Matériellement et pratiquement, l’organisme d’une société libre s’était précisé ; du blanc de l’idéal, par le flou de nos idées, dans la découverte quotidienne des implications du chemin, comme l’embryon d’un organisme adaptable s’était formé.
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