journal d'une transition

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*29-11-1993, Auroville : JRD Tata quitte son corps…

*4-12-1993, Auroville : Le cyclone est passé. Nous n’avons pas eu le centre, qui a frappé à Karikal, mais seulement les « franges » : c’est un désastre ! Après ces jours de pluie presque ininterrompue, les racines des grands arbres les plus exposés aux rafales ont lâché ; un peu partout les arbres les plus hauts ont été abattus, brisant ou écrasant sous leur poids les arbustes et les plantes autour d’eux ; c’est un carnage dans le jardin ici ; les lignes d’électricité sont rompues, les conduites d’eau éclatées par la terre soulevée ; beaucoup d’arbres rares, qui ont reçu la masse des plus grands eucalyptus, sont abîmés et mutilés… C’est cette violence qui m’a rendu triste ; c’est idiot, car la matière est éternelle et on peut toujours retrouver une harmonie plus consciente, et c’est ce qui se passera ; mais c’est cette habitude de la nature de détruire pour avancer… la violence, la force aveugle, la démolition, la brutalité de l’interférence… Je ne sais pas ; je ne crois pas qu’il soit possible d’établir seul, ou même à quelques-uns, une atmosphère suffisamment pure, offerte et consciente : il faut que ce soit assez répandu pour habiter un espace relativement étendu, qui ne puisse plus être contredit (c’est pourquoi, par exemple, il faut un, ou des « Auroville »)… Il va nous falloir maintenant beaucoup de journées de travail pour rétablir un peu d’ordre et de paix… J’aimerais bien, j’aurais bien envie qu’il y ait vraiment assez d’argent disponible à la fois pour établir quelque chose qui soit matériellement mieux fondé et mieux développé dans l’espace et le temps, ici, à « Sincérité »… … Dans une étrange concurrence, JYL, P et A ont de nouveau emménagé ici, et le bruit, le désordre et le brouillage sont entrés dans la maison une fois encore… Nous passons tous la journée, dans la tempête qui dure encore, à scier, déblayer, balayer… *5-12-1993, Auroville : On se sent plutôt débordé par l’énormité du travail à faire… On est constamment condamné à abandonner une priorité pour une autre, et ce n’est pas satisfaisant, et ce ne peut être vrai… Qu’est-ce vraiment que cette force de destruction ? … John H, Durai et moi décidons de ne pas ouvrir la Chambre aux visiteurs – les chemins d’accès sont encore boueux et nous n’avons pas eu le temps de nettoyer toute la structure – malgré le fait qu’une centaine de dévots et de donateurs ont insisté pour faire une marche symbolique autour de Matrimandir avant de monter dans la Chambre… Je ne puis croire que Matrimandir soit fait pour ce type de démonstration et, en tous cas, il ne me semble pas que nous devions faire exception pour eux, le lendemain d’un cyclone et seulement quelques heures après la pluie… mais cela crée des remous et d’intenses malentendus…

*6-12-1993, Auroville : Ce matin je dois encaisser la colère de Toine et d’Arjun, et à travers eux de ces forces qui réclament leur « droit » au Matrimandir – ces gens de Singapore, ces

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