journal d'une transition

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*29-9-1993, Auroville : Encore une scène avec Silvio, aujourd’hui ; c’est une sorte d’escalade ! Je ne sais pas ce que les gens veulent, ici, à Auroville, mais c’est rarement la vérité… ! … Et c’est la saison des « vacanciers » ; la foule des visiteurs est souvent mauvaise : des gens sans respect ni tenue, qui poussent et réclament et n’expriment qu’une sorte de hargne avide… *1-10-1993, Auroville : Hier soir il y a eu un grand tremblement de terre à la frontière de l’Etat du Maharastra, qui a été ressenti jusque dans la région de Madras : peut-être plus de 10,000 victimes… Ce matin, nous devions tâcher de conclure le contentieux avec Atmarati ; et le scénario négatif s’est surimposé : Pierre E incapable de faire un pas ; J.L incapable de tenir la charge ; Arjun incapable de se contrôler ; John H et moi incapables d’y rien changer… Cela m’a donné une névralgie aigue au centre du front ! C’est la débâcle, et rien de nouveau ! Tout, tout est gouverné par cette force qui est encore en possession de l’argent. Que ce soit à un niveau ou un autre, à celui des jalousies et des calculs, ou des conditionnements et de la misère de nos gars, ou à celui des compromis des Auroviliens, c’est le gouvernement de la conscience physique par l’argent, par cette force qui tient l’argent… … Et puis il y a toujours cette sorte de maladie venimeuse et tragique de Narayana, cette possession en lui qui persiste ; et Alok, son fils, en est happé ; il y perd son intégrité… Ainsi ils ont maintenant décidé de couper tous les arbres, menés par cette obsession qui me prend pour cible, cherchant à provoquer quelque réaction… C’est la circulation incessante d’un poison actif, qui trouve des ouvertures même parmi les ouvriers, qui crée des malentendus quotidiens entre Ramalingam et moi ; et, d’un certain point de vue de l’action, ces petites forces n’ont qu’un but, de retarder, d’empêcher, d’arrêter, de paralyser : que Matrimandir ne soit pas, qu’Auroville ne soit pas… Que rien ne dérange le mélange et le statu quo confortables où toutes ces forces moindres et séparées ont libre jeu, le jeu « démocratique »… ! Si elles ne peuvent briser tout à fait, elles ont au moins le pouvoir de salir, de calomnier, d’abîmer et d’user… Et pourtant, tout, tout, en fait, ne peut que Te servir… ! Mais il vaut mieux, en soi-même, ne pas insister sur le décor ou le paysage ! Car, si le processus n’est ni « élégant », ni « harmonieux », cela ne peut pourtant pas justifier la démission… J’essaie d’apprendre à libérer ma conscience de la tristesse et de la dépression, de ce regard sur soi qui devient une victoire pour tout ce qui se refuse… … Ramalingam vient passer un long moment ici avec moi, ce soir, pour regarder ensemble tout ça ; essayer ensemble de percevoir comment agir pour libérer la situation de ces lourdeurs et ces obscurités accumulées… *3-10-1993, Auroville : C’est dimanche et, dans la soirée, après les visiteurs, je vais au bureau pour travailler à l’ordinateur et imprimer mon texte pour les « Auroville News » ; soudain, Narayana surgit, comme une entité de ce monde vital hostile, avec ses yeux jaunes et sa haine et son langage vicieux… Je suis pris par surprise, là, et j’ai

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