journal d'une transition

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Un incident avec Ireno, qui veut prendre Matrimandir comme sujet principal pour son entreprise commerciale privée de photographie… Auroville est bien mal servie ! Sa vérité est trompée de tous côtés ! On ne sait rien et ne peut rien : on ne peut que persévérer dans une orientation qui ne rencontre que peu d’échos ! … Reçu une carte de D.D, enfin : comme les êtres ont peur de se donner sans condition ! (Je lui avais demandé de nous donner quelques photographies pour la Brochure) *22-9-1993, Auroville : Les choses ne coulent pas : les attitudes de chacun de nous, les interférences et, autour de nous, la corruption qui se généralise dans le pays, les grèves et les chantages – la bureaucratie, et le tissu de mensonges si serré, si serré, de tous côtés… Depuis quelques temps, je crois que j’éprouve quelque chose comme de la résignation : j’accepte d’être simplement débordé, impuissant à servir ne serait ce que le redressement d’une seule torsion « locale »… Mais il y aussi, dans cette résignation, le caractère d’un appel, ou d’une réceptivité à l’autre Etat : comme s’il fallait accepter que rien ne va s’ « arranger » ; que non seulement l’harmonie que l’on souhaitait - et que l’on avait pu croire abordable avec un peu de bonne volonté, d’engagement et de don de soi – n’est pas dans le programme, mais que les choses vont plutôt probablement empirer ; que le processus de « défaite » n’est qu’à mi chemin… Et qu’il est juste qu’il en soit ainsi… Car la « réussite », le « succès » d’un pari, si éthique soit il, et si remarquable sa qualité de foi puisse nous sembler, retarderaient en fait plus encore le passage à ce qui EST vraiment… Car nous devons apprendre à lui faire toute la place : à disparaître, sans cesser d’être ! Je vois à chaque instant, dans chaque circonstance et à la faveur de chaque contact et chaque échange, que l’adhésion nécessaire diminue… Quelquefois c’est terrible, comme une pauvreté si énorme qu’on n’a plus le cœur de se soucier de quoi que ce soit, ni de qui que ce soit… On est réduit à un seul effort d’endurance ! Et c’est également faux ! Car l’âme vivante ne peut cesser d’aimer ! Ainsi, on trébuche de piège en piège, et de négation en contradiction… Et tout se mesure encore à l’échelle de la durée d’une vie humaine : comme c’est absurde ! Dans la situation où nous nous trouvons tous, il n’est plus possible de suivre une seule perception vraie sans verser dans l’affirmation exclusive pour écarter les interférences… Alors il y a encore l’envie, ou l’instinct, de partir en courant, de se retirer de cette arène impossible et de se concentrer dans un mouvement moins exposé et une atmosphère plus contrôlée : rester à « Sincérité », peindre ou jardiner, et fermer la porte à toutes ces pressions, ces tractions et ces demandes et ces opinions et positions et ces soifs ; puisqu’on n’y peut rien changer de toutes manières, laisser les autres, ceux qui aiment encore la comédie des énergies, s’user à l’inanité… C’est la même association de plusieurs facteurs qui toujours me convainc de continuer : la tendresse pour les gens d’ici ; un pacte d’amour avec l’être ou la réalité de Matrimandir, et celle de son corps en gestation ; le besoin, l’aspiration, la

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