journal d'une transition
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… Il pleut beaucoup… et il y a aussi le sens d’une inertie qui remonte comme de l’eau souterraine, se traduisant par toutes sortes d’oublis et de démissions, dans les individus comme dans les circonstances… J’ai l’envie de tout nettoyer, au dedans comme au dehors, et de recréer un environnement et une atmosphère sur des bases neuves… Tout moisit ! Je voudrais bien reconstruire une maison qui soit surélevée, et impeccable, comme sacrée ; et je voudrais plonger le corps dans un état purifiant et balayer toutes les habitudes des autres… ! *6-9-1993, Auroville : L’humidité est alourdissante ; on se déplace comme dans une buée subtile, et les énergies sont lentes… Des retards, des malentendus, et ce sentiment physique de désordre, de boue, d’opacité, et d’une pesanteur générale : une sorte de noyade continue dans le marasme d’une condition humano matérielle où seules des bribes de tendresse gratuite, et la beauté physique de la terre et de ses substances préservent le sens d’un éternel possible… … Fax, puis téléphone de JYL : il n’a rien prévu pour leur arrivée et s’attendait vaguement à ce que tout soit prêt ici… Alors j’essaie de leur réserver une chambre au Guest House, au moins pour les premiers temps… *8-9-1993, Auroville : Arjun a encore repoussé son retour… John H, en attendant, remplit calmement et sans remous plusieurs fonctions simultanées, et je continue, maladroitement, de faire acte de présence ; beaucoup de travaux sont ralentis, sujets à des décisions qui ne seront donc prises que… plus tard ! … Je me suis réfugié ce matin dans le ciselage d’une poutre, seul sur la structure… … Le tracteur est immobilisé à la barrière d’octroi sur la grand-route, depuis deux jours : par-dessus ces histoires de droit coutumier, il y a toute la corruption de l’administration locale… John H et moi devons y retourner et palabrer une fois de plus pour récupérer enfin le tracteur, la remorque et son chargement de chaux ; mais demain nous devrons payer l’amende (dont le montant est à « discuter ») !
*9-9-1993, Auroville : La fièvre et le rhume sont revenus à la charge, comme une entreprise de démolition ! Ca reste dans notre atmosphère et se ballade de l’un à l’autre, continûment…
*14-9-1993, Auroville : C’est comme si il n’y a rien que je doive « faire », mais que je ne l’accepte pas : il y a ce vieux besoin moral d’être « utile » et de participer physiquement – c’est idiot probablement ! Cette fonction de « superviseur » est éprouvée comme un poids inerte, alors que j’y trouverais peut-être, avec un peu de concentration dans le bon sens, le chemin qui me manque tant… Au lieu de cela, il me semble qu’il n’y a de progrès réel nulle part, ni en soi ni autour de soi, ni dans les circonstances…
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