journal d'une transition
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Il est entendu qu’il est souhaitable dé répondre aux circonstances et aux chocs de la vie avec l’attitude de vouloir devenir une meilleure personne ; et il y a des êtres pour qui c’est une offense faite à la nature que de ne pas exprimer la générosité, la bonté, la justice, la charité : souvent ce sont des femmes, dont les tâches quotidiennes sont physiques et nécessaires. On peut cependant progresser de mille manières et, au rythme de ces progrès innombrables, contribuer à l’évolution de la condition humaine. Mais ce changement qui est aujourd’hui voulu et appelé est d’un autre ordre : c’est un changement de conscience, qui se manifeste par un changement de nature, qui permette à son tour un accroissement et une densification de la conscience dans les formes, qui presse à son tout sur les opérations de la nature afin qu’elles se modifient, s’adaptent et se transmuent pour le passage et le flot continus de la conscience. Il faudrait tant que cette pression de la Conscience – qui n’est pas une pression morale mais la pression d’un Etat supérieur pour se manifester – nous saisisse avec de plus en plus de fréquence, que son incidence se multiplie et se répande et franchisse vite les seuils de notre réceptivité ; il faudrait que l’atmosphère de toute l’humanité en soit si chargée, comme d’un or fluide, et que plus aucun de nos mouvements n’en reste indemne ou étranger à son toucher – ce toucher qui est comme le regard intime et puissant d’une vérité qui comprend. Mais il nous faut être bien libérés de nos attachements ; il nous faut ne plus légitimer les motivations et les raisons de l’ego en nous-même, pour ne pas ressentir cette pression de la Conscience comme inhumaine et impitoyable et sa sagesse comme froide, sévère et lointaine. Dés qu’un peu de notre nature consent à s’unir à notre âme et que nous nous ouvrons à la coulée de cette Force consciente, c’est une sécurité immédiate et entière que nous éprouvons, une chaleur si pleine de vie et de paix et de création, si certainement inexhaustible, que le corps lui-même ose prier et connaît le bonheur. *3-3-2000, Auroville : Toujours le même problème : qui compte les jours, si ce n’est la mort en nous, tapie dans le soubassement de l’instant – le seule certitude future qui impose sa mesure. Cette ombre, cette inversion, ce dévoiement de présence, qui évalue l’énergie de chacun de nos jours ; « nos jours sont comptés » : plus qu’un dicton, c’est la loi obscure qui dicte toutes nos valeurs de vie ; nous payons notre droit même à vivre, à survivre ; nous sommes jaugés à l’aune de la rentabilité ; nous sommes tous des endettés. Et sur ce parcours sans surprise majeure, veille sur nous la chape d’un poids implacable, qui a deux visages : le labeur et l’ennui ! Il nous faut agrémenter le labeur et distraire l’ennui : emplir ce vide et cette insupportable corvée, tenter de croire à quelque chose et déjouer le sens tout tracé, ruser avec les propriétaires, s’inventer des itinéraires…
*5-3-2000, Auroville : Le changement et la transformation nécessaires apparaissent si formidables.
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