journal d'une transition
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*1-2-2000, Auroville : On oublie toujours que les seuls progrès qui comptent, qui contribuent vraiment à l’évolution, sont d’abord et avant tout des progrès de conscience : on devient plus conscient – et conscient de plus ! Et naturellement il faut assimiler ce plus et s’y donner, car ce plus nous change dans notre être même : la conscience EST ! Nous avons beaucoup d’instruments, de plus en plus d’instruments ; ce que nous n’avons pas, ce qui fait de nous, malgré toute notre panoplie, des handicapés et des infirmes, c’est que nous n’avons pas développé la capacité consciente d’utiliser ces outils et ces instruments. Et il faut s’entendre : « capacité consciente » ne signifie pas « délibérée » ! « Délibérée » implique une volonté séparée qui est déterminée à influer, et cette volonté peut être issue du plus sombre égoïsme ! Alors que « capacité consciente » signifie l’aptitude à s’unir à la vision, l’amplitude, la sûreté de la perception, de l’unité de la conscience. Aujourd’hui nous avons à notre disposition une pléthore de machines et nos outils, se perfectionnant, en inventent d’autres ; et pourtant combien parmi nous savent vraiment penser ? Combien parmi nous ont, par exemple, effectivement exploré et maîtrisé la faculté mentale de l’intuition, au-dessus de la logique et de la raison ? Ou encore, combien parmi nous sont-ils en mesure de manier les vibrations vitales de telle manière, par exemple, à établir ou rétablir l’harmonie ? Quand je me suis retrouvé largué dans les rues de Paris ou Bordeaux, je me suis donc trouvé à nouveau au sein de ce qu’il est convenu de nommer une société affluente ; on ne peut guère concevoir un contraste plus saisissant, de la rue d’un village de l’Inde à une rue de Paris. Mais finalement, les différences ne sont pas là vraiment. Prenons l’éducation : il est certain que le nombre de ceux qui ont la possibilité de recevoir une nourriture éducative élaborée est proportionnellement plus grand en Occident que dans l’Inde. Pourtant si l’on attend de l’éducation qu’elle prépare l’individu à l’expérience du monde et l’équipe pour sa participation à venir, la comparaison est moins concluante. Il me semble plutôt que le désarroi est assez bien réparti ! Et que l’éducation moderne telle qu’elle est encore généralement conçue ne prépare guère plus l’individu à embrasser le monde et s’y donner en avant et consciemment que la perpétuation rigide de traditions sclérosées sous la menace d’un modèle d’abondance occidentale. Et, finalement, dans une situation extrême, entre le jeune universitaire diplômé d’une faculté française, et le jeune apprenti, cinquième enfant d’une famille de huit au père alcoolique, à la mère épuisée, qui n’a que deux chemises de rechange et un coin de terre battue pour dormir, qui saura le mieux s’adapter et générer en avant les qualités et capacités de cœur et d’instinct ? Kireetbhai a si généreusement parlé des fondements d’une éducation plus profondément vraie et utile à la Terre. Je regarde toutes ces grandes questions, et je mesure la diversité de toutes ces occasions manquées, auxquelles je continue de manquer chaque jour, de pratiquer la culture d’une richesse de vie véritable, de développer ces facultés et ces capacités qui combleraient le déséquilibre du monde ; je regarde et j’éprouve, et voilà : comme une grande épée plantée dans le milieu de tout, une terrible
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