journal d'une transition

1176

tout à fait dés maintenant, pour se concentrer exclusivement dans la nécessité évolutive d’accueillir un état plus vrai : la sexualité tombe de l’être ; elle n’y a plus prise ; elle n’y opère plus. Mais il me semble improbable que l’espèce nouvelle puisse s’incarner dans le milieu créé par cette misère humaine terrestre dévastatrice sans que s’effectue d’abord une sorte de revirement ou de rétablissement collectif ou qu’au moins s’amorce dans la conscience et l’expérience humaine le commencement d’une pratique plus aimable, mieux équilibrée, plus « fraternelle » de la sexualité. *10-1-2000, Auroville : La relation de l’homme et de la femme, ou du masculin et du féminin, a sa résonance éternelle. Dans son équilibre, elle est victorieusement créatrice ; elle est la garantie de l’intégrité évolutive. De cet équilibre la nature a emprunté pour ses propres fins instrumentales les rôles énergétiques qu’elle a fixés dans nos corps. Ces rôles sont partiels, des extraits d’une réalité infiniment plus vaste, des fragments d’un tout qui ne peut être reconstitué là. Dans notre expérience de créatures physiques nous sommes biologiquement liés au passage et à l’action d’un feu spécifique : à son passage et pour son passage, nos corps sont momentanément altérés. L’expérience physique que nous avons lors de ce passage est la seule expérience physique qui nous soit donnée de l’action d’une force supra physique ou subtile – sinon celle de la mort. Il y a rencontre et union, pour un instant, avec une force agissante qui transcende notre réalité corporelle et mobilise tous nos sens. L’impact émotionnel de cette fusion est sans égal. C’est un instant d’abandon concret où l’individualité physique et émotionnelle s’en remet entièrement à une force dont elle ignore et le fonctionnement et la source. Cette fulgurance à laquelle nous nous livrons nous appelons orgasme ou jouissance ; et parce que nous nous y livrons si intimement et que cet abandon se produit en présence de l’autre, nous voudrions bien que cette possession temporaire soit légitimée dans une dimension plus centrale et plus durable de notre humanité, qu’elle s’associe et s’allie à l’expression d’une délivrance plus constante et déterminante de notre solitude, qu’elle implique un accomplissement émotionnel : nous voudrions bien qu’elle signifie l’amour – le passage fécond, hors de notre isolement, à un partage effectif de l’expérience du monde. Sur la base instrumentale invariable des lois de la nature chaque civilisation et chaque culture ont élaboré, selon leur perception ou interprétation du sens de l’existence terrestre, des principes de conduite qui tentent d’intégrer pour une cohérence collective les réalités physique, physiologique et biologique des cycles successifs dans toute vie humaine. La civilisation de l’Inde, qui perçoit pour objectif réel de l’expérience humaine la découverte et la réalisation de la dimension spirituelle et de l’immanente divinité, s’est édifiée sur des principes d’une sagesse qui demeure encore incomparable – le désastre que nous ne pouvons que constater aujourd’hui n’est dû en grande partie qu’à la corruption de ces principes. On peut tenter d’énoncer ainsi ces principes : - L’aptitude de l’être humain à aimer lui vient de son origine spirituelle, afin qu’il puisse retourner graduellement au divin et le réaliser.

Made with