journal d'une transition
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- 2000 -
*2-1-2000, Auroville : Voilà ; l’an 2000 est arrivé ! Je n’en pense rien. Et ce que j’en éprouve : une sorte de tristesse endolorie – nous sommes si loin du compte ! Combien encore de souffrance et de désordre à générer, à endurer, nettoyer, absorber, transformer ? Il a a-t-il une issue prochaine pour la conscience incarnée ? C hier a téléphoné ; elle m’a raconté les millions d’arbres abattus, les maisons détruites, la violence déchaînée de la nature, ces vents terrifiants qui parcourent le pays et l’Europe, qui vont et reviennent ; plus de la moitié du Bois de Boulogne à Paris est aplatie : une plaine saccagée là où j’ai vu ces scènes qui m’ont bouleversé, deux soirs avant de revenir ici… Je médite – ce n’est possible ainsi que lorsque la Grâce me dépose sous la cascade – sur Auroville, sur Matrimandir, et sur ce qui devient de plus en plus inacceptable et tend à impliquer des compromis trop graves. Et je poursuis aussi ma méditation sur la sexualité dans ma nature. C’est une méditation plus émotionnelle ; il me semble que la perception de la conscience doit s’incarner autant dans le milieu de l’émotion que dans celui de la pensée et la réflexion. Et cette double méditation se situe dans la même nécessité, celle de se rassembler et s’unifier, de changer et de marcher. La société, la culture – les forces qui les parcourent et les animent -, nous lient et nous épinglent à un temps d’expérience linéaire qui appartient à la mort, qui recrée constamment l’inévitabilité de la mort. C’est une oppression, une suffocation qui devient insupportable ; comme si tout – le monde, les êtres, les circonstances, les évènements et les mouvements de chacun – coulait dans un même unique sens, avec toute la force cumulative d’un contrat auquel presque rien de soi n’échappe : un sens faux, une trahison et un piège, une arnaque. Et comme si l’on voulait crier, malgré toute cette conviction générale, « arrêtez ! ce n’est pas là que le Vie coule, ce n’est pas par là que nous voulons aller, arrêtez, regardez, respirez, c’est Là, c’est Là qu’il faut se tourner, Là dans ce geste même qu’il faut creuser, qu’il faut retrouver le Lit même de Ce Qui Est… » Mais on est lourd encore, on est soi-même une masse qui résiste et obstrue, tant qu’on est encore soi-même le refuge et la perpétuation de contradictions et de vouloirs séparés et d’adhésions aux mirages de la division, quels qu’ils soient.
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