Un Parcours

5- Et pourtant notre présent mode de fonctionnement collectif n’est plus viable : il ne réfléchit plus notre aspiration mais, au contraire, sous un revêtement d’ouverture et de bonne volonté, institutionnalise le très vieux démon ordinaire de la méfiance – et la méfiance engendre cette prolifération de règlementations, la méfiance projette son ombre sur toutes les parts de notre vie collective. Parce qu’il y a eu des incidences – et il y en a encore, bien sûr – d’abus, de mé susage, de fraude et de tromperie, nous avons commencé d’ériger des clôtures et des systèmes d’alarme afin de prévenir, d’empêcher ou au moins de réduire les possibilités de ces « mauvais pas ». Non seulement nous ne pouvons que la perdre mais nous perdons aussi notre but et notre navire est en panne. N’est - il pas évident, n’est - il pas flagrant qu’il est complètement absurde de vouloir servir ensemble la vérité tout en fondant nos actions sur la méfiance et en l’a cceptant comme notre condition ? Ne devrions- nous pas plutôt faire une halte et regarder l’ombre en face ? Comment pouvons-nous espérer pouvoir fonctionner ensemble, sans même parler de progresser ensemble, quand nous ne pouvons avoir confiance les uns dans les autres, ni compter les uns sur les autres et sur chacun de nous pour être aussi véridique et engagé que possible à chaque instant et quoiqu’il arrive ? Par exemple, n’est -il pas absurde et contre- effectif d’instaurer la règle selon laquelle un membr e d’un groupe de travail représentant la communauté ne peut le demeurer plus de deux années ? C’est notre ordinaire banalité et notre faiblesse qui dictent que nul ne doit rester dans une telle position de crainte que ne se forme un attachement à son soi-disant pouvoir ou au statut qu’elle procure (aux yeux de qui ?). Mais c’est là une bataille perdue d’avance.

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