Un Parcours

Il revenait seul, à moto, de Tiruvannāmalai et, à l’approche de Gingee, a foncé dans un arbre, mort instantanée parait-il – à l’examen, c’est le bas de son casque qui aurait fracturé les cervicales. Il y a dans ce départ brutal cette même violence impulsive qui l’a habité ces dernières années ; je le ressens comme un acte de suicide, emporté par cette énergie qui pouvait se retourner contre lui plus facilement en fait que contre autrui – car il pouvait se dépenser sans compter. Quelques jours plus tard H., sa dernière compagne, demande à me voir : elle se bat avec la culpabilité, car elle n’accédait pas à la demande de Kovalan d’une union complète et inconditionnelle et se sent responsable de sa « dépression » ; elle souhaite con naître ma perception car, selon elle, j’étais la seule personne que Kovalan respectait sans réserve. Je lui parle tranquillement et elle s’apaise. Ce n’est vraiment pas de sa faute ! Un rythme s’installe. J’ignore, dans une grande mesure, ce qui se passe dans la communauté, et m’applique à me concentrer dans les tâches qui me sont données. L’entendement de Sri Ganesh devient plus important : quelle est la conscience qui se trouve là, qui préside à cette manifestation que l’on appelle Ganesha, si multifor me et versatile et proche des humains sans jamais perdre sa grandeur ? A la mi-octobre je repars en France, surtout pour séjourner un peu avec Christiane et Francis ; Jean Yves et moi y allons à tour de rôle ; Christiane est de plus en plus fatiguée par cette leucémie qui s’est déclarée il y a quelques années, et Francis peine aussi avec ses poumons et ils se soutiennent mutuellement avec tant d’attention, de respect et de reconnaissance, que c’est un cadeau de les observer.

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