Un Parcours

C’est lors de la plus intense chaleur, le mois d’Agni, qu’a lieu chaque année le festival d’Aravan près de Villianur, à Kovakam, à deux heures de route d’Auroville, rassemblant les « hijra » non seulement de la région mais d’autres Etats et provinces : on les appelle aussi « Aravani », mais beaucoup d’entre eux redeviennent « normaux » une fois rentrés chez eux, tandis qu’un certain nombre parmi eux tous continuent de vivre en marge, de survivre plutôt ; c’est une célébration de l’amour interdit, de la préférence homosexuelle, divinisée par l’un des très nombreux contes inscrits dans la tradition et dans la Gita ; ils arrivent de partout, certains marchent plusieurs jours, d’autres louent ensemble des camionnettes, il y a chaque année plus de policiers sur place, en grande partie pour protéger les plus vulnérables aux assauts abusifs d’hommes hétérosexuels qui veulent profiter de l’occasion ; le festival cu lmine avec les noces de Krishna et d’Aravan, et le lendemain l’effigie d’Aravan est brûlée : en effet, d’après le conte, Aravan devant se rendre sur le champ de bataille sans avoir jamais eu l’expérience de l’amour charnel, prie Krishna, son ami divin et son maître, de lui accorder cette bénédiction et Krishna accepte et promet de se changer en femme pour donner à Aravan l’expérience de l’union sexuelle avant de périr au combat. Le site principal est un petit temple situé sur un vaste terrain presque nu où les foules s’assemblent ; l’air est torride et ne se rafraîchit que le soir venu ; la majorité sont évidemment des hommes, mais pas exclusivement : il y a des couples et des familles aussi, car dans certaines traditions l’on peut prier pour avoir un fils et, si la prière est exaucée, le fils devra une fois au moins se rendre au festival et s’y « marier » ; beaucoup d’hommes qui sont bisexuels viennent pour le soulagement de ne pas être brimés, ne serait- ce qu’une journée ; c’est une atmosphère joyeuse, mais sans excès ; de nombreux « hijra » portent leurs plus beaux saris et ornements, et souvent de petits attroupements se forment autour d’une danse ou d’un récit. Il y a des visages magnifiques, comme révélés par cette liberté qui est momentanément accordée. J’ai proposé à Kumar, mon assistant, Manikandan et un autre Aurovilien d’origine locale, Gajendran, de s’y rendre avec moi et nous sommes partis en plein midi à deux motos, pour arriver dans

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