Un Parcours
Voici venue l’année 1989 .
Susan avait grand besoin de parler, de regarder avec moi ce tourment émotionnel qui tend à la dominer et nous avons passé un long moment à le faire et le partager et de la paix est revenue, et le sourire. Sa sœur cadette est de retour à Auroville avec sa fille, Nathalie. Peut-être mon orientation de plus en plus vivante vers une sorte de solitude, c’est -à- dire d’existence individuelle qui n’a pas besoin d’une compagnie exclusive, oblige quiconque me devient proche à considérer une position analogue et, si l’on n’y est pas prêt, cela peut certainement effrayer ou déstabiliser : le monde entier vit par couples et familles ! Seuls les moines, les ermites et les fous se passent de telle compagnie ! Les nouvelles de Ravena, que Kasinathan ou Shano m’apportent (j’ai pu leur trouver du travail sur place, ainsi qu’à Nar qui se conduit à présent comme le maître des lieux), sont plutôt déprimantes : des « parties » avec haut-parleurs à plein volume, des beuveries, des bouteilles jonchant le sol le matin venu… Je ne sais ce que j’aurais dû ou n’aurais pas dû faire : l’offrande était -elle donc impure ? Mais qu’est - ce que cette Auroville qui s’installe ? Mais ici, cet environnement de grâce, me reprend et recentre ; il y a tant à faire, dans la maison, dans le jardin, et Matrimandir est là, tout près. Susan et moi y avons notre tour de veille de nuit. Shano vient souvent, comme s’il avait besoin de se sentir chez lui auprès de moi ; c’est sans histoire, sans complication, et il s’y trouve un tendre humour. C’est probablement le « travail » que j’aime le plus : avec les plantes et les arbres, et les matériaux pour créer des environnements d’harmonie vivante et, cette saison, la lumière est si douce et splendide, comme une réponse vibrante en tout point…
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