Un Parcours

Ravena est presque prête ; Peter C. est venu visiter et son émotion a permis à Larry de se rassurer et tout est devenu plus simple et souriant et drôle entre nous ; il semble que les premiers étudiants à y séjourner seront … russes ! Pourquoi pas !? Mais quant à trouver les Auroviliens pour y résider en permanence et y servir d’hôtes, Pala me dit que presque personne ne veut en entendre parler, soit à cause du drame vécu par Dianne et Janaka, soit à cause de mon rôle dans sa construction, qui en fait un lieu compromis… ! Mais enfin, la « vie » a envahi l’espace et ce soir, un concert va y être donné, plus de cent personnes sont attendues, les six étudiants russes sont ternes et l ourds et l’un d’eux a la figure d’un soviet convaincu, sombre et fuyant, chargé de tout observer, tandis que les trois indiens sont des fils de famille riche sans ressort ni réceptivité… Ainsi, je dois « lâcher prise »… La veille de ce Noël, j’ai formellement terminé mon travail à Ravena (y ai-je accompli ma tâche, je ne le sais) et en ai offert l’accomplissement à Auroville ; je n’y ai plus aucune responsabilité. Presque quatre années se sont écoulées depuis la fondation. Krishna a apporté deux bouteilles de champagne ce matin, Aruna m’a offert une magnifique photographie de Sri Aurobindo en Mahasa maddhi, qu’elle a faite encadrer très finement et Susan un pendant de cristal à facettes ; je n’ai gardé de Dianne et Janaka que les douze perles naturelles et une petite guirlande de morceaux de corail. Il m’a fallu refuser à Krishna d’apporter ici dans la maison son appareil électronique pour pratiquer sa musique et le fait de lui expliquer pourquoi a éclairci près de deux années de distance entre nous ! La tension psychologique résultant des deux demandes affectives exclusives de Susan et d’Aruna est si constante que je m’observe en train de me retirer, de dresser des barrières dans les deux directions, n’ayant aucun élan ni aucune foi pour ce genre de choix

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