Un Parcours

C’est une sorte de paradoxe : on comprend bien la nécessité de la souffrance pour éveiller l’aspiration à la condition véritable de la Conscience ; en même temps il est clair que l’aspiration elle -même doit être calme et inconditionnelle, et que le besoin de s’ouvrir à la Conscience exige une certaine harmonie de l’environnement pour sa pureté et sa réceptivité… Mais si l’on se trouve dans un état d’eurythmie, il y a comme un endormissement, une acceptation d’une demi - mesure, d’une condition qui peut alors durer indéfiniment, et la transition se fige… C’est pourtant dans l’harmonie, j’en suis convaincu, que la flamme doit s’élever, la flamme qui peut joindre et réaliser… De bribe en bribe, j’apprends ce qu’est la nature de ce mental du corps… Ni le mental ni le vital n’y ont aucun pouvoir ; le seul mouvement qui semble y agir est celui d’une offrande de soi, consciente de la Présence et pleinement confiante… Kenneth est de retour : c’est dans la rue à Pondy que nous nous retrouvons, avec beaucoup de plaisir ! Il a rencontré Larry à New York, qui, selon lui, est furieux contre moi et insiste que je dois quitter Ravena… Parfois, quand je vais dans un des villages voisins, je suis replongé dans l’Inde de toujours, comme si ce monde présent était un cauchemar que rêve son âme, et le sens de la vastitude de l’existence reprend son droit, ce silence qui soutient tout, et le rythme et la nob lesse et la dignité dans les corps… Mais cette grimace du monde « moderne » s’incruste et se saisit de tout, on ne peut reculer, il faut traverser, traverser cette marée jusqu’à l’autre condition, la condition véritable qui pourra tout réconcilier… Cet après-midi, Susan, Aruna et moi avons pu travailler ensemble à Ravena, avec une joie calme et concentrée, et revenir ensemble à vélo le soir, contents et apaisés… Même le sommeil est troublé : alors que je m’endors, la respiration s’arrête et c’est une secousse de réveil pour remonter…

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