Savitri - Book Two - Canto 10

Our ponderings but a freak of Matter's law, The mystic's lore was a fancy or a blind; Of soul or spirit we have now no need: Matter is the admirable Reality, The patent unescapable miracle, The hard truth of things, simple, eternal, sole. A suicidal rash expenditure Creating the world by a mystery of self-loss Has poured its scattered works on empty Space; Late shall the self-disintegrating Force Contract the immense expansion it has made: Then ends this mighty and unmeaning toil, The Void is left bare, vacant as before. It bound to service the unconscious djinns That sleep unused in Matter's ignorant trance. All was precise, rigid, indubitable. But when on Matter's rock of ages based A whole stood up firm and clear-cut and safe, All staggered back into a sea of doubt; This solid scheme melted in endless flux: She had met the formless Power inventor of forms; Suddenly she stumbled upon things unseen: A lightning from the undiscovered Truth Startled her eyes with its perplexing glare And dug a gulf between the Real and Known Till all her knowledge seemed an ignorance. Once more the world was made a wonder-web, A magic's process in a magical space, Thus vindicated, crowned, the grand new Thought Explained the world and mastered all its laws, Touched the dumb roots, woke veiled tremendous powers;

Nos réflexions une anomalie de la Matière, Et le savoir du mystique n’était qu’un leurre ; D’âme ou d’esprit nous n’avons plus besoin : La Matière est l’admirable Réalité, Le miracle patent inéluctable, La dure et seule vérité, simple, éternelle. Une dépense impétueuse et suicidaire Créant le monde par un mystérieux oubli A versé sur l’Espace ses oeuvres éparses ; Et un jour la Force se désintégrant Elle-même contractera l’immense expansion : Alors s’achèvera ce grand labeur insensé, Le Vide dépouillé, sa vacuité restituée. Ainsi intronisée, la grande Pensée nouvelle Expliqua le monde et maîtrisa toutes ses lois, Fouilla les racines, éveilla d’énormes pouvoirs Et asservit les djinns inconscients qui dorment, Inutilisés, dans la transe de la Matière. Tout était précis, rigide et indubitable. Mais quand, fondé sur le roc des âges matériels, Un ensemble sûr et ferme et clair fut établi, Tout chancela, et retomba dans la mer du doute ; Ce schème solide fondit dans le grand flux : Face à l’informe Pouvoir qui invente les formes, Elle trébucha soudain sur des choses occultes : Un éclair jailli de la Vérité invisible, Alarmant ses yeux de son éclat déroutant, Creusa un gouffre entre le Réel et le Connu Jusqu’à ce que tout son savoir semble une ignorance. Le monde redevenait la toile d’un prodige, Un sortilège dans un espace magique,

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