Lettres à Divakar jusqu'à 2005

Dimanche 23

Bien qu’hier matin nous étions prêts à faire l’excursion en mer dont je t’ai parlé, impossible : des trombes de pluie sans discontinuer ! Aujourd’hui est à peu près pareil et ce soir il parait qu’il va y avoir grand vent… ; Guite est partie ce matin. Je t’avais décrit il y a deux ou trois ans un petit cloître aux environs de Dinan, que nous avions beaucoup aimé – harmonie, silence, comme tant de cloîtres. Cette fois-ci… surprise : l’intérieur des bâtiments est ouvert, restauré (8 ans pour cette restauration secrète). Premières découvertes : le réfectoire, le dortoir, de toute beauté, et, sous les combles, une étroite salle où sont exposés les habits sacerdotaux qui appartenaient au cloître ; il se trouve que, de ma vie, je n’avais vu ce genre de manteaux !... ; des rouges somptueux, des violets, jaunes pâles, noirs et blancs, selon les jours de la semaine ou les cérémonies… Mais – et comme j’ai pensé à toi -, la grande beauté, ce sont les vitraux modernes (les anciens ayant été détruits) ; je ne sais comment les décrire : pas de couleurs, sauf ici et là quelques mauves ; leur présence, leur harmonie tient aux lignes dessinées par l’assemblage des plombs, une géométrie qui donne l’impression d’un grand aboutissement. Avec, vers le centre, un symbole : une sphère (!) qui représente le monde… C’est très pur et dispense une lumière comme venue de cette géométrie même. Tu sais, ces choses, ce sont comme des points qui vous relient au Matrimandir. J’ai aussi éprouvé une joie (je crois que Guite l’a ressentie également) au rapprochement entre les vitraux d’une chapelle à 5O km d’ici, des joyaux du 13 ème au 14 ème siècle, et ceux-ci, modernes, tels que je viens de te les décrire maladroitement ; ce lien à travers les siècles, entre deux lieux religieux, c’est émouvant en quelque sorte…

Il faut que j’ajoute ceci qui me tient à cœur : on pourrait penser que me voilà, de nouveau, avec mes enthousiasmes

949

Made with FlippingBook flipbook maker