Lettres à Divakar jusqu'à 2005
Les Prévôts, 6-8-90
Aimé,
Tout à l’heure tes deux lettres, du 25 et du 27. Un grand bonheur, donc. Tout d’abord, l’affaire du siècle ! Le canicule n’est pas un vain mot : 40° ! Sauf deux jours très moites, chaleur sèche que je supporte bien. Et à propos de ces deux jours : j’étais un matin à ma table de travail ; par les fenêtres, un ciel indien et les cris des corbeaux – plus que l’évocation d’un souvenir, un transport de tout le corps à travers temps et distance. Cela m’arrive souvent, tu le sais, mais là tout concourait à cette sorte de magie. Quelque chose de très vivifiant qui compense cette chaleur torride (quelquefois on ne voit rien de l’horizon, barré par une brume qui semble lourdement à l’aplomb sur la mer, les chemins, le sable) : les bains, et tout de même une petite brise sur la plage. Les bains, oui, et j’en suis toute fière ; ces deux dernières années, une inhibition complète… pour le dos, pour le cœur (l’eau est froide !), enfin tu vois, tout ce petit bastringue… Cette fois… j’en prends chaque jour ; René un peu moins, mais il s’y décide… Les trois premiers, impossible de retrouver les mouvements de la nage, c’était comique, ou navrant ! Et puis, le quatrième, je me suis retrouvée nageant, sinon comme un poisson, du moins comme quelqu’un qui s’y remet, quoi ! Toujours notre plage du Chateauserein, calme, bonne et qui offre l’avantage d’une marche pour y parvenir ; celle du Port Hui, à quelques mètres de la maison où tu as fait tes premiers pas, et les Ebihens. Mais là on a eu une drôle de surprise, pas encore tout à fait élucidée… : nos calculs étaient justes, à partir du calendrier des marées, prévision trois bonnes heures, marche, nage, bain de soleil, etc. Et voilà-t-il pas qu’à peine arrivés et le bain pris, on voit s’avancer gentiment une grande nappe de mer… ! J’aime autant te dire qu’on a cavalé : une ½ heure de marche au
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