Lettres à Divakar jusqu'à 2005
Lundi 2-4-90
Aimé,
J’ai reçu ta gentille carte… il y a trois jours…
… Oui, « la question »… paresse ou changement ! Je suis sûre que je vaincrai ma paresse, ce qui n’exclura évidemment pas le changement. Et d’ailleurs ma perplexité se manifeste à travers d’autres motifs : au fond, depuis que j’ai arrêté les groupes de travail chez Green, j’ai aussi cessé de me trimbaler de colloques en congrès ou séminaires de toutes sortes et de plus en plus nombreux. Il faut dire que j’avais participé à ces modes d’expression et de communication depuis presque 20 ans et que j’avais le plus urgent besoin d’une pause. D’autres sont plus résistants que moi, mais je trouve qu’alors le risque est un enfermement. Mais – et en cela tout ce que j’avais entendu dire dans les débuts de ma « carrière », est juste : l’exercice de cette profession nous vouant à la solitude, il est nécessaire de se réunir, d’échanger, de mettre en commun, sous peine de sclérose, de soi et de la psychanalyse…. C’est pourquoi aussi je tiens à finir ce travail manuscrit. Quant à la sclérose personnelle, je ne la constate pas : d’une part parce que j’ai tout de même un grand nombre d’années d’expérience, et le travail avec les patients marche bien ; d’autre part parce qu’a pu se faire ainsi une place pour le changement. Le fait de décrire cela au fil de mes sentiments, montre donc que, là, ma perplexité semble bien s’alléger. Ce qui traîne encore quelque peu tout de même tournerait plutôt autour de regrets, comme si j’avais laissé tomber – ce que je n’aime pas !
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