Lettres à Divakar jusqu'à 2005
Vendredi 6-1-89
Aimé,
Eh bien ça, imagine : hier matin reçu ta lettre du 15 décembre et le soir celle du 28 ! Drôle d’effet : le matin je te vois allant et venant, chargé de tout le matériel pour Ravena, dont « la rive de l’autre côté n’est pas trop visible » ; et puis quelques heures plus tard j’apprends que ton travail est achevé ! Et enfin, tout à l’heure, la lettre entre les deux, celle du 19 : me voici comblée ! … Après des questions sur le séminaire qui devait avoir lieu à Ravena, réunissant de jeunes russes et de jeunes américains… J’ai bien lu, bien entendu ce que tu m’écris de ce que tu reçois sur ce chemin, ce vrai chemin que tu cherches – avec aussi ce brouillage, ce brouillard, à travers lequel on ressent et découvre. Pour ma part… mon brouillard à partir de René s’est très éclairci. Comme toujours, de m’être exprimée, même obscurément comme tu as pu voir, m’aide beaucoup. Il me semble que, depuis, une certaine tension s’est comme volatilisée, et que j’ai pris une distance souhaitable et réelle. J’ai entre autres mesuré que c’était mon « moi » qui réagissait au « Moi » de René tellement grossi dans ces périodes, et qui témoigne en fait d’une faiblesse ailleurs ; que c’est donc une affaire où deux « moi » s’affrontent, le mien dans la crainte. Et que je ne savais plus, en effet comme tu me l’as dit, affirmer ma présence. Et c’est si étonnant : lundi dernier, sans effort, je me suis « découverte » libérée, presque passée de « l’autre côté », tranquille, et justement en présence de plusieurs personnes – situation où, en général, je me sens prisonnière des « tics » de René.
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