Lettres à Divakar jusqu'à 2005

J’apprécie ta réponse à propos des juifs, et ta compréhension de ce que je ressens… Egalement ce que tu me dis du rapport Palestiniens–Israël ; il y a longtemps que je me dis à cet égard pas mal de choses, mais je suis plutôt silencieuse sur le sujet. Et je me réfugie, moi aussi, dans le thème de la « victime » (on ne dit pas en français « victimisation » mais je ne sais quoi mettre à la place…). J’ajoute aussi que je n’ai jamais eu une grande sympathie pour Arafat : pour moi il y a « laideur » et laideur, celle qui se rend belle, et généreuse… et l’autre qui semble le reflet de quelque mensonge. Je crois surtout que ce qui me gêne en lui, c’est ce rire permanent qu’il a « en bouche » ; j’ai eu assez d’expériences diverses pour savoir ce que ces rires fixés, attachés au visage recouvrent d’agressivité… à pleines dents ! Ceci dit, il y a les autres Palestiniens, et la revue est intéressante… Autre chose, que je vais avoir une certaine difficulté à exprimer et qui est liée à tout ce que tu m’écris de l’évolution, et de l’émergence. D’abord tu le dis très clairement, en éclairant les nuances, le mouvement, les rapports. Je ne sais si c’est ce mouvement, par exemple, que je ressens parfois ; ou ce travail du mental, agent, comme tu le dis, de l’évolution. Ainsi il m’arrive de me dire – ou de te dire, à distance -, « je me sens drôle, comme en effervescence, mais j’ignore ce que je voudrais… ». Or il s’agit, me semble-t-il, d’autre chose : si je lis par exemple ce que tu m’écris, « capter » un rayon, ou si j’évoque l’étincelle qui…, ou si j’imagine cette émergence et ses caractéristiques, ça touche en moi un point à la limite de l’insaisissable, une sensation physique, toujours, indicible, impensable… C’est à la fois agréable et irritant, comme si

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