Lettres à Divakar jusqu'à 2005

Il est évident également, de plus en plus évident, que le Parkinson de René porte la marque de son caractère, de ses « choix » de toujours, de son éternel « Moi Je ». Et qu’en conséquence il en paie bien chèrement le prix. Je le plains beaucoup, beaucoup. Cependant que j’entreprends consciemment de libérer ma compassion d’une charge émotionnelle faussante – ainsi que tu me l’as écrit dans ton avant-dernière lettre… Peu après avoir terminé le paragraphe ci-dessus, je rentre dîner à la maison. René me dit aussitôt que le psychiatre a appelé le neurologue pour lui faire part des difficultés actuelles ; celui-ci maintient son point de vue, à savoir que d’ici quelques jours « ça va s’arranger » ; le médicament essentiel : le temps. En fait voici ce qui s’est passé récemment : il a fallu stopper la montée de l’excitation dont les cimes sont à la mesure de la profondeur du creux dépressif l’ayant précédée. C. lui a prescrit un calmant qui a été efficace sur ce plan, mais que le neurologue, l’ayant appris, a aussitôt supprimé car il est incompatible avec le médicament anti-Parkinson (il faut savoir ça !). Le temps, c’est celui nécessaire à l’élimination du calmant. On en est là, ce qui montre une fois de plus l’interférence de tous les symptômes : de quoi enfermer l’être tout entier… L’annonce d’un possible mieux le laisse quasiment indifférent ; il supporte mal d’ailleurs que l’on remarque tel mieux… Le signalement d’un mieux a l’air de vouloir « lui remonter le moral », comme il dit… Reste également qu’un mieux risque d’être encombrant et mal venu si le désir d’en finir est en train de se structurer… … Une chose est sûre : c’est que le travail que tu m’apprends à accomplir, c’est que mon orientation actuellement quotidienne pour sauvegarder et parfaire mon autonomie – ce qui me rend plus efficacement présente – est et sera un acquis. Je le sais. Le lendemain matin

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