Lettres à Divakar jusqu'à 2005
Note : Avant de quitter l’hôpital Saint Joseph à Paris, la doctoresse pneumologue avait conseillé avec insistance que Colette subisse une petite intervention pour éliminer une infection récalcitrante aux poumons, contractée durant la période post-opératoire. Mais Colette en avait plus qu’assez et refusa. Le séjour en Bretagne, avec des marches quotidiennes et l’air revigorant de la mer, et beaucoup de sommeil et de repos, lui avaient permis de se rétablir suffisamment pour se sentir en mesure de faire le voyage à Auroville avec moi. Voici d’autres extraits do mon journal pour les semaines qui suivirent... *9-1-2001, Saint Maur : C reprend une semaine de travail avant notre départ pour Auroville, pour ne pas laisser ses « patients » trop longtemps abandonnés ! Et c’est bon pour elle aussi. *16-1-2001, Saint Maur : R rend les choses aussi difficiles qu’il le peut. C’est étrange et complexe, misérable et comique et redoutable, et profondément triste. Dés que je m’éloigne, il redouble la mise… *19-1-2001, Auroville : Mission accomplie. C et moi sommes arrivés hier en fin d’après-midi. Presque tout de suite, une fois les bagages rangés, C a retrouvé son visage d’Auroville, cette dimension qui lui a tant manqué : c’est une joie de le voir. *2-2-2001, Auroville : C n’est pas bien ; elle est misérable, elle a mal et elle a peur, elle est tourmentée et se sent barrée dans ses efforts et son travail personnel. Deux choses me troublent : la première est que la Protection ne semble pas agir ; et la deuxième est qu’à travers son expérience répétée de l’univers médical, trop de peurs et de distances se sont logées en elle. Les premiers jours ici ont été pour elle des jours de liberté et de renouveau ; puis elle a commencé à avoir des douleurs dans le dos, et à tousser ; cette douleur s’est figée sur un point, une douleur qu’elle dit maintenant insupportable ; et elle perd le souffle. Ce matin elle n’a pas pu se lever. Je suis allé acheter des antibiotiques. Je ne me sens pas à la hauteur de la situation. C est très préoccupée de son retour en France ; elle demande la sécurité des médecins, des examens médicaux ; elle se soucie de ses patients ; et cela la tourmente d’être pour moi un poids, et de m’imposer une telle détérioration la révolte et la peine. En même temps elle éprouve d’autant plus combien il était important qu’elle puisse refaire le voyage, être ici une fois encore, avec moi.
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