Lettres à Divakar jusqu'à 2005
Malheureusement, depuis le retour, c’est moins satisfaisant ; peut-être parce qu’il est préférable semble-t-il de diminuer la dose de ce médicament qui l’a bien aidé ; plus encore à mon avis parce qu’il est confronté à un désoeuvrement qui le culpabilise ou qui lui pèse. Non pas qu’en vacances il ait « travaillé » d’une quelconque manière, mais parce que nous marchions, nous promenions, découvrions, déjeunions dans des lieux variés. Toutefois cette sorte de baisse n’entraîne pas la dépression habituelle ; mais il s’obsède peu à peu de son manque de mémoire … qui déborde dans d’autres domaines… J’essaie de lui montrer le rôle, la fonction, l’effet de ce caractère obsessionnel, il le comprend mais ne l’intègre pas… J’ai rarement rencontré quelqu’un qui fasse aussi peu marcher la conscience la plus accessible d’ordinaire… ! ... Et puis, nous avons une façon toute différente de vieillir, si bien que mes objurgations, mes « analyses » de la situation risquent de lui paraître à la limite trop … rationnelles ! Et je finis par me demander si je suis en mesure, telle que je suis, de percevoir, de m’identifier à des symptômes physiologiques, somatiques qui sont les siens (et cela depuis quasiment sa naissance)… De telle sorte que je m’efforce de le laisser tranquille – ce qui n’est pas si facile, dans la mesure où il a besoin de se plaindre… ! Cela dit, la dépression ayant jusqu’à présent laissé place à une tristesse acceptable – sa compagne de toujours -, le climat est paisible et gentil, et plus léger. Place à ses aphorismes, d’un humanisme à la fois profond et léger lui aussi.
Jeudi 19
… Je t’écris sous un bouquet de six dahlias simples de couleur orange. Je mets de l’ordre dans les divers papiers, fascicules et photocopies qui parachèvent mon travail… … Je vais pouvoir ménager le silence absolu dont j’ai besoin pour lire Savitri…
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