Lettres à Divakar jusqu'à 2005

proche de la maison. L’autre jour une partie du ciel était orageuse et la mer à la fois sombre et émeraude. Un progrès : tous ces sentiers de randonnée qui s’étalent désormais sur l’ensemble des côtes sont le résultat de débroussaillages qui leur laissent leur beauté naturelle. ... Comment suis-je là-dedans ? Bien comme tu le vois. On pourrait dire que je m’y laisse immerger, que j’ai le sentiment, ou plutôt la sensation d’être biologiquement marquée par ce pays ! Supposition scientifiquement hasardeuse sans doute, mais l’acquis a certainement une incidence profonde sur l’organisme (transmissible ou non, le débat n’est pas terminé je crois !). Toujours est-il qu’il n’est pas négatif qu’après cette immersion je me retrouve dans mes activités, sinon je tomberais dans une manière de passivité ? Il est vrai que j’ai également pas mal travaillé, et que la conscience ne s’est pas endormie ; elle s’est en quelque sorte fondue, adaptée à mes visions, lentement, et de surcroît libérée de certains poids. Et j’en tire l’impression d’un espace en interrelation précisément avec l’espace des paysages. ... En définitive, on aura pas mal marché, pas seulement des promenades. Un inconvénient : si j’ai retrouvé le bon fonctionnement des muscles – mollets, genoux, etc. -, mon dos ne suit pas toujours aussi bien. De telle sorte que je subis un décalage, entre l’appel des jambes qui ont besoin de marcher, et le dos qui se fatigue – pas toujours, mais trop souvent à mon goût. Il faut que je trouve, ou découvre de nouveaux lieux (infimes) d’équilibre, que je fasse descendre la conscience physique jusqu’à ces nœuds. Contrairement à ce que ces propos laisseraient croire, je n’ai pas oublié ce « travail » mais je suis placée devant la nécessité de l’adapter quotidiennement à des variations inévitables. (Note : En 1960, je crois, revenant la nuit, seule au volant d’une voiture puissante, d’une « mission » clandestine pour passer un membre du réseau de soutien à l’indépendance de l’Algérie à une frontière voisine, en hiver, sur une route verglacée, Colette a eu un accident très grave.

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