Lettres à Divakar jusqu'à 2005

(Après son séjour à Auroville) Mercredi 9 mars 1994

Aimé,

Et voici la première, le petit ruban reprend son chemin fidèle…

… Comme c’est curieux cette impression, tout le temps du voyage, entre deux assoupissements mon corps me réveillait mais pas dans le présent de l’avion, dans un présent absolu, absolument « Là » - au Matrimandir, à Sincérité, partout… Je ne sais vraiment pas où localiser ce processus, cette inscription dans le corps qui gomme le temps immédiat… La conscience physique ? Plus surprenant encore : après avoir lundi matin défait les bagages, j’ai dormi, dormi 15 heures d’affilée ! A l’exception d’un réveil brusque, comme lorsqu’on se réveille un peu en retard : je lis alors l’heure sur la petite pendulette de Sincérité, qui marquait encore l’heure de là-bas… 7h moins le ¼ pile ! L’heure du petit-déjeuner ! Le départ de Madras, en nous laissant si peu de marge, plutôt précipité, m’a sûrement évité l’attente difficile avant la minute de l’au revoir ! Mais je veux te dire ce que j’ai remarqué : que ce soit le jour du départ, ou les 48 heures qui l’ont précédé, j’ai connu comme chaque année cette sensation du cœur qui semble soudain aspiré par les « entrailles ». J’ai fait des progrès, t’ai-je dit à l’aéroport, et tu l’as confirmé ; je crois que ce progrès, - ce n’est pas une « maîtrise » comme on dirait ici -… je le ressens comme une place donnée à cette habituelle émotion, avec calme et simplicité, avec confiance. Il ne s’agit pas de la nier, de la refouler ou rejeter, mais au contraire de la reconnaître sans crainte, et de lui donner sa place « avec », dans un ensemble…

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